C’était une belle matinée ensoleillée quand Colombe entra dans la grande place d’Oxford.
En vérité, ce n’était pas une grande place, juste un immense rassemblement de marchands qui hurlaient comme si leur vie en dépendait.
Mais Colombe n’était pas venue ici pour écouter un récital de cris ; elle venait pour les marchandises.
Elle n’avait pas le droit d’être ici, mais, quand on désobéit, autant en profiter !
Devant les rassemblements de badauds, Colombe vit son daemon- chat, s’arrêter pour lui faire les yeux doux ; il voulait qu’on le porte. Il replia sa queue sur lui-même et dit, implorant :
« Tu ne veux quand même pas te retrouver avec un daemon piétiné ? Aies pitié et porte moi ! »
« Et bientôt tu voudras un petit parasol car il fera trop chaud et de la crème solaire ! »
« Quand tu ne pourras plus me porter tu regretteras amèrement ce que tu m’as dit ! »
« Et maintenant les menaces ! D’ailleurs, ce n’est pas que je ne veux pas te porter, je ne le peux plus ! »
Se résignant, Ban, retrouva soudainement toute sa bonne humeur.
Colombe s’arrêta devant une poissonnerie, quand Ban, tel une ombre noire, glissa sous une table pour tirer une nappe colorée. Ramassant les deux poissons tombés à terre, Ban bondit et atterrît dans les bras de Colombe, qui, furieuse, se mit à courir.
« Au voleur ! »
cria un marchand scandalisé, derrière, cri qui fut repris une dizaine de fois. Tournant à un angle de rue, Colombe laissa tomber son chargement. Après avoir repris son souffle, elle tourna des yeux de braise vers Ban :
« Bandit ! Pourquoi as tu fais ça ? »
« Je savais bien que tu pouvais encore me porter. »
Ronronnant, Ban commença son festin.
Irrécupérable.
C’est alors que Colombe, daignant lever les yeux, aperçut une dame qui l’observait. La dame était étrangement vêtue, tout en noir et surtout, elle n’avait pas de daemon.
Avisant la personne, Colombe blêmit.
Deux voix lui demandèrent en même temps :
« Vous êtes… une enfourneuse ? »